Alors lecteur, tu trépignes d'impatience pour savoir ce qu'il nous est arrivé car, enfin, un peu de piment vient réchauffer ce voyage plein de belles choses mais sans trop d'imprévus ?... Je devine que tu fais déjà défiler la page pour voir la photo de ce camion géant.... Ahhah ! Patience, je m'en vais tout te conter.

Nous avons donc quitté l'état du Northern Territory, vidé de tous nos fruits et légumes car leurs voisins du Western Australia n'en veulent pas ! Ils préfèrent que vous rachetiez tout dans leurs supermarchés livrés depuis Perth à 3000 Km de là ! (ben voyons... On disait quoi déjà sur l'écologie dans le dernier billet ?) Bref, on était au courant et avions tout mangé gloutonnement. Au passage nous avons également pris 1h30 de décallage dans la vue... On venait tout juste de s'habituer à ce que le soleil se couche vers 18h45, une heure presque décente me direz-vous, pour qu'il faille maintenant aller au lit plus tôt que les poules à 17h10 !!!

Mais c'était pour la bonne cause, nous retrouvions Lise et Marc, des amis de Melbourne partis en Mai dans l'autre sens mais pour faire la même boucle. À force de se laisser des messages et des petits mots sur des panneaux d'information, nous avons réussi à nous donner rendez-vous. Nous les retrouvons dans un endroit superbe, le Lake Argyle. 
Je connaissais pourtant un certain nombre de gens ayant sillonné le pays de toutes parts, personne ne m'avait encore parlé de ce lac, deuxième plus grand lac artificiel d'Australie. Au bout de la route qui mène à un cul de sac sur le barrage, un petit camping très sympa avec surement l'une des plus belles piscines de l'hémisphère sud, assurément ! :)
Infinite pool comme ils appèlent ça, c'est-à-dire une piscine sans rebord qui donne sur un magnifique point de vue sur le lac. L'endroit est vraiment superbe, surtout au coucher de soleil !
Bien content de les retrouver pour quelques jours, nous nous échangeons tout un tas de plans et d'infos pour la suite de nos aventures respectives.


Puis nous repartons sur la route chacun dans notre sens. Au passage Madeleine voit ses premiers crocodiles, mais des gentils petits freshies... Tous mignons ! 

Arrivée à Kununurra où nous faisons un gros ravitaillement avant de faire un petit aller-retour de plus de 600 km afin d'aller voir ce pour quoi je me suis décidé à choisir un 4x4 plutôt qu'une voiture simple : le parc national de Purnululu et ses fameux Bungle Bungle. Cet endroit m'avait toujours fait rêver et c'est l'un des nombreux sites accessibles uniquement aux 4x4, particulièrement cette année puisque la saison humide a été très humide !
Mais avant que nous ne nous engagions sur cette piste de 55Km, réputée affreuse, horrible, très longue et fatigante, nous faisions une rencontre plutôt incongrue.
Alors que nous étions sur une aire de repos à l'entrée du Parc, une voiture s'engage sur l'aire et s'arrête un peu après nous. Un "Rodolphe !!??" retentit et tout étonné je me lève en pensant instinctivement : "Putain, je savais que le monde était petit mais quand même, on n'est jamais tranquille, merde !"
Sort de cette voiture un jeune couple aux airs tout à fait sympathiques mais que je n'ai jamais vu... (lecteur, je te sens toujours aussi impatient ! ;)
Il s'agissait en fait de Romain et Tatiana ; Romain étant le petit frère d'une amie, Sabine, que je n'ai pas vue depuis au moins 4 ans mais qui, je le sais, est une fidèle lectrice de ce blog (coucou Sabine !) et en avait parlé à son frérot parti lui aussi pour le pays d'OZ. Le dit frérot avait vu notre fameuse vidéo de présentation du 4x4 et nous nous étions juste échangé un mail pour me demander quelques infos sur leur voyage. Rien de plus. Je ne savais pas vraiment quel était leur itinéraire et eux n'avait qu'une vague idée du notre mais ont reconnu notre magnifique carrosse très identifiable !!! Bref sacrée surprise qu'on arrive à se rencontrer là, au beau milieu du Kimberley !
On discute alors de nos voyages respectifs et ils comptaient justement chercher un "lift", c'est-à-dire une place dans une voiture, pour aller visiter ce parc de Purnululu. Bien que nous ayons une troisième place à l'avant, il était difficile de mettre un quatrième passager sur le toit ou sur le lit. Nous leur proposons alors de laisser nos sacs dans leur voiture afin de pouvoir replier notre lit et leur offrir deux vrais places à l'arrière. Et pour dormir, une chambre au 1 million d'étoiles comme dirait Romain : leur matelas sur notre toit avec la moustiquaire ! Nous voilà donc parés, la voiture prête à exploser, tellement tassée !

Ils goûtent aux joies du 4x4 sur piste alors que nous traversons les 27 rivières menant au parc. Quelques semaines plus tôt c'était 34... Petite déception ! Nous commençons par la partie nord du parc où l'on peut voir Echidna Chasm, une sorte de faille à travers les rochers où l'on se sent tout petit à côté de ces immenses blocs de roche. Puis nous allons enfin voir ces Bungle Bungle et le spectacle est au rendez-vous ! Ces fameux dômes aux lignes orangées et noires sont superbes avec leurs formes très douces et arrondies. L'ambiance qui règne à cet endroit est assez spéciale mais pas du tout désagréable. On aurait envie de flâner un peu partout autour de ces petites collines et ne pas suivre que le chemin indiqué. On aime tellement qu'on y reviendra en fin de journée pour profiter d'une belle lumière et on décidera même de tenter les warriors et de se faire un lever de soleil le lendemain... en se levant à 4h30 du mat ! Oui, le site étant à 15 km du camping, soit 30 min de piste, plus 15 min de marche, sachant qu'il fallait replier le lit sur le toit pour partir et que le soleil se lève vers 5h50, on n'avait pas trop le choix. Mais ça en valait la peine. C'était un spectacle magnifique et surtout, nous étions absolument tout seuls jusqu'à 8h du matin !

Retour à notre aire de repos où nous avons laissé "Escalope", la voiture de Romain et Tatiana. On recharge toutes nos affaires et on se dit au revoir. Ces 3 jours passés avec eux étaient très sympa et on a hâte de les revoir en France !


La suite pour nous faisait presque peur à en lire les guides et autres brochures touristiques. Nous nous apprêtions à traverser une des autres pistes de légende de cette île : la fameuse Gibb River Road et ses 700 Km de pistes intransigeante. Cette piste était l'ancienne route du bétail que transportaient les road-trains entre Broome et Wyndham à travers une multitude de "stations" occupant cette région qu'on appelle le Kimberley.

À en croire ces guides donc, il vous faut être parfaitement préparé, avoir un véhicule en excellente condition, transporter encore le double de ration d'eau et d'essence que d'habitude, 2 roues de secours sont impératives... Bref on en viendrait presque à se dire qu'il valait mieux prendre l'autoroute qui continuait au sud après Purnululu ! C'est d'ailleurs ce que vous conseille le Lonely Planet : prenez l'autoroute. Au moins c'est déjà ça : ce guide nous servira à allumer nos prochains feu de camp ! Et puis tu te dis qu'après tout t'as bien traversé un tiers de la planète en Skoda, dans des pays où il ne leur viendrait même pas à l'idée qu'on puisse fermer une route pour mauvaises conditions car de toutes façons, ils n'ont pas le choix : c'est par là ou pas du tout ! Ces même pays où l'on peut vraiment ne croiser personne pendant au moins deux jours et où aucun habitant n'a de LandCruiser flambant neuf avec cric, pelle, pioche, treuil, radio longue portée, plaque de désensablage et j'en passe...

Alors ça vous regonfle le moral et vous attaquez cette piste plein d'enthousiasme et gonflé à bloc ! (vous hein, surtout pas vos pneus...)
Et ça en vaut la peine ! Un premier arrêt de quelques jours dans la réserve privée de El Questro, absolument superbe. Dire qu'un jour un type à acheté tout ça pour son exploitation et s'est retrouvé avec de magnifiques gorges avec rivières et cascades, des collines aux points de vue époustouflants à leur sommet, des sources d'eau chaude et j'en passe. Bref pour nos premiers pas sur la Gibb, nous ne sommes pas déçus !


On continue alors tout guillerets, impatients de découvrir la suite. Les bonnes surprises sont au rendez-vous au niveau des paysages... mais pas tellement au niveau du coût que pratiquent les stations pour les hébergements ou entrées dans leurs parcs. Qu'on se le dise : la Gibb est une route pour les retraités qui ont de l'argent et en aucun cas pour toi, lecteur backpacker. On peut évidemment trouver des coins gratuits pour passer la nuit mais dans l'ensemble, les plus beaux coins sont totalement interdits au camping et chaque station que vous traversez impose que vous alliez dormir chez eux, à grand frais. Très peu pour nous, merci ! Et si vous cherchiez la vraie aventure, ce n'est pas non plus ici que la trouverez... La route est quadrillée de 4x4 tous plus équipés les uns que les autres, tous tirant une remorque de compétition... Vous ne resterez pas bien longtemps à l'ombre de votre voiture si vous tombez en panne ! La seule chose restant marrante et un peu à risque étant la traversée des rivières, certaines pouvant être assez profondes. Bref, c'est vraiment très joli et ça en vaut le coup, mais si vous cherchez l'aventure avec un grand A, faites la route en vélo ou bien changez votre billet d'avion pour la Mongolie ! ;)

Mais c'est là que notre fidèle Toyota a entendu notre petite déception et s'est dit qu'elle pouvait peut-être arranger la situation. En commençant par tomber en panne de gaz pour notre réchaud, obligeant ainsi Madeleine à faire du feu à chaque repas (on est bien contents que le Lonely Planet fasse plus de 1000 pages). C'est pas si dur dans le fond mais ça vous ramène un peu en arrière... Trop facile, ok, passons au moteur et faisons-leur un peu peur en chauffant à mort... Alors ? Pas facile de rouler le chauffage à fond par déjà 30°C dehors ! Ok, on s'arrête pour la laisser refroidir et adoptons la méthode tadjik en arrosant le radiateur qui est brûlant. Pour corser le tout, nous n'avons presque plus d'eau non potable pour remplir le radiateur, et pour le coup on évite de taper dans notre réserve d'eau potable pour le cas où tout le monde aurait décidé de ne plus rouler les prochains jours... On pousse donc jusqu'à la prochaine rivière pour y refroidir la bête. Notre radiateur, plein jusqu'à la gueule, nous repartons vers l'ouest mais c'était trop simple. Cette fois nous atteignons la zone rouge du thermomètre. Arrêt en urgence : on pisse de l'eau de partout sous la voiture et l'huile moteur est mélangée à de l'eau... Le diagnostic est sans appel : ça s'appelle le joint de culasse dans le métier Monsieur... Bon. On se dit qu'au moins on aura des trucs à raconter ! On arrive à rallier la station service la plus proche, à 40 km de là, en s'arrêtant régulièrement et on tente un appel à un ami : notre assurance, peu confiant qu'ils acceptent de nous remorquer sur 320 bornes de piste défoncée. Et bien si ! Notre interlocutrice nous informe qu'il n'y a pas de problème mais que la dépanneuse n'arrivera que le lendemain. Aucun problème, il y a justement une petite gorge à aller voir où nous sommes, ça fera passer le temps ! (Au passage, Manning Gorge est très jolie si vous vous donnez la peine de faire la marche d'une heure pour y arriver qui comprend la traversée d'une rivière à la nage)
Le lendemain donc, vous attendez sagement que votre dépanneuse arrive en regardant les voitures faire le plein. Un immense road train arrive, tout vide, et je suggère à Madeleine que ce serait la parfaite dépanneuse. Et je ne croyais pas si bien dire ! Le type de la station service arrive et me dit que le camion est là et qu'il sera prêt à nous embarquer dans une dizaine de minutes, me montrant du doigt ce gros camion géant. Enorme !!!! On va finir la Gibb en Road Train ! ;) On rappelle quand même l'assurance pour bien être sûr que ce soit lui et savoir combien nous coûtera ce petit voyage... Rien ! Pas un centime et un hébergement sera même prévu à notre arrivée ! RACV, vous êtes formidable !
Vient donc le moment de charger le 4x4 sur une des remorques du road train. Là lecteur, je te sens trépigner ! 

Le plateau étant à peu près à hauteur de tête, on se demande bien comment ils vont hisser les presque 3 tonnes du Toyota dessus... Easy mate ! En faisant marche arrière dans un grand trou en pente prévu à cet effet, le camion met sa remorque à hauteur du sol et il n'y a plus qu'a faire grimper le 4x4 dessus !
On sangle les 4 roues très solidement, et Stuart, le trucky (camionneur), me conseille vivement de bien fermer toutes les fenêtres pour éviter la poussière. Il me dit également de prendre deux coussins pour être plus confortable dans le camion... Ça promet ! :)


Parés, nous grimpons donc dans la cabine du road train, un rêve de gosse, pour découvrir qu'en fait c'est tout petit, et qu'il n'y a que très peu de place pour les jambes et l'un de nous aura pour siège… la glacière (d'où les coussins) ! Mais comment font-ils pour conduire des heures comme çà ? Stuart est très gentil et nous discutons un bon moment. Il nous explique plein de choses sur la façon dont sont gérées les stations dans le coin, comment marche son camion, comment se passe le ravitaillement de toutes les infrastructures sur la piste... Bref, un voyage passionnant et superbe depuis la cabine très en hauteur. Il fera même quelques arrêts touristiques pour nous permettre d'admirer la vue ou de voir la silhouette de la Reine Victoria se dessiner sur des rochers !


Nous arrivons à Derby de nuit après un magnifique coucher de soleil. L'assurance n'a pas réussi à nous trouver la moindre place dans un hôtel, tout étant plein. Stuart nous propose alors de rester dans la cour de son entrepôt pour la nuit. Le lendemain, nous attendrons la journée entière qu'un mécano ait le temps de regarder notre vieille mémère... Changer le joint de culasse sur ce genre de voiture n'en vaudrait pas forcément le coup étant donné le coût de la réparation. Stuart et ses collègues nous proposent alors "la méthode du Bushmen"... Rien que le nom me plait déjà :)
Il s'agit de changer l'huile moteur souillée par de l'eau et vider le réservoir plein d'eau de rivière afin d'injecter un produit chimique censé boucher les trous dans le circuit de refroidissement. Un coup à 150 $ en une heure plutôt qu'un changement complet qui couterait presque 10 fois plus ! Il n'y a que 50% de chances que ça marche mais tous nous disent que ça vaut le coup d'essayer ! Allons-y, alors !
Nous récupérons la voiture en fin de journée avec pour seul conseil de rouler afin de voir si elle se remet à chauffer ou non...

Nous avons dû alors nous résigner à abandonner la deuxième moitié de la Gibb River Road. On reviendra en tout cas, bien décidés à en découdre avec cette fameuse piste !
Nous sommes maintenant à Broome, 290 Km plus tard, et la voiture n'a pas bronché...

Affaire à suivre ...

(EDIT depuis Broome) Après 570 Km pour le Cape Levesque, toujours rien à signaler !